Le corail

J’adore utiliser le corail dans mes créations, je me suis mariée avec des bijoux en corail, je le préfère à toute autre matériau de cette teinte. Pourquoi ? Pourquoi est-il si beau, si noble ? Il est important dans la tradition joaillère berbère mais pas seulement, loin de là !

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Quelques petites recherches m’ont appris que je n’étais pas la seule à entretenir une relation particulière avec ce seigneur des mers.

Les premières traces de l’utilisation du corail par l’homme remontent au Néolithique. Depuis l’Antiquité, les hommes ont été fascinés par cette couleur rouge sublime à laquelle ils attribuaient un pouvoir magique. Le corail rouge a toujours servi d’amulette, de médicament et de matériau de bijouterie et de décoration de luxe.

C’est un élément essentiel de la culture méditerranéenne et de sa mythologie. Mais les pouvoirs magiques et thérapeutiques qui lui ont été attribués depuis des millénaires ont eu une aura qui s’est étendue bien au delà des rivages de la Méditerranée, jusqu’aux confins de l’Asie et de l’Afrique par la voie des grandes caravanes.

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D’une manière générale, selon la « symbolique des pierres », le corail protège son possesseur, calme les émotions et rétablit la paix intérieure. Il est le garant de récoltes fertiles et sert à éloigner la foudre des bateaux. Au Moyen Âge on avait pour habitude de cacher dans sa bourse ou dans sa poche un morceau de corail qui devenait alors un talisman  contre la sorcellerie.
En Chine antique, les coraux étaient symbole de richesse et d’un statut social élevé.
Les Indiens d’Amérique considèrent le corail comme une pierre sacrée ; il symbolise « l’énergie de la force vitale » et protège du mauvais œil.

D’abord présenté comme une pierre arborescente, les pêcheurs et naturalistes savaient cependant que le corail a la faculté de grandir, et son origine vivante a rarement été remise en cause. Au IIIe siècle avant J.C., Théophraste (disciple et successeur d’Aristote) voit dans le corail une plante pétrifiée ; pour Ovide (43 avant J.C., 17 après J.C.) c’est une algue molle qui durcit à l’air. À la suite d’Aristote, l’intellectuel musulman Al-Biruni (973-1048) le classe parmi les animaux, au motif qu’il répond au toucher.

En occident, le corail a ensuite été supposé être une plante aquatique, car au début du xviie siècle, Marsigli observe ce qu’il prend pour des sortes de fleurs, qui s’y épanouissent quand on le maintient dans de bonnes conditions en aquarium. Le Français Jean-André Peyssonnel (1694-1759), jeune naturaliste, médecin et botaniste du roi de France en Guadeloupe, observant mieux ces « fleurs » en déduit ensuite qu’elles sont en fait des animaux. Cette hypothèse est d’abord très discutée et même vivement attaquée par Réaumur et Bernard de Jussieu, avant d’être admise par tous : Buffon tranchera définitivement en déclarant « Ainsi les plantes marines, que d’abord on avait mises au rang des minéraux, ont ensuite passé dans la classe des végétaux, et sont enfin demeurées pour toujours dans celle des animaux ».(wikipedia)

Ces propriétés aussi fascinantes que particulières, quasi magiques, firent du corail un motif iconographique de choix à la disposition des plus grands artistes.

MANTEGNA : La Vierge de la victoire (1496) :

Ce tableau de Mantegna, peint en 1496, est un hommage à la Vierge suite à une victoire du marquis de Mantoue (François II de Gonzague, représenté à genoux en armure). La main de Marie se pose sur le marquis en signe de protection. La lance biaisée portée par un des saints est un symbole de victoire. Les deux saints en armure sont Saint Georges et Saint Michel. Sainte Elisabeth est présente pour rappeler Isabelle d’Este. Les deux saints représentés en arrière-plan sont Saint Mangin (à droite : il aurait été converti au moment où le Christ a expiré) et Saint André (à gauche), bien qu’il n’ait pas sa croix traditionnelle. Le christ à des oeillets à la main (le rouge est un rappel de la passion).

La vierge de la victoire

La vierge de la victoire

Le cacatoès blanc rappelle la virginité de la mère du Christ. Le rubis, à l’intérieur de la rosace, est quant à lui un signe païen : c’est la pierre du dieu Mars, lui aussi invoqué pour cette victoire militaire.

La présence du corail fait la jonction entre mythologie grecque et chrétienne : il représente initialement le sang de la Gorgone. Par la suite, il est devenu un signe de protection de l’enfant Jésus. Selon un mythe rapporté par Ovide, le corail est issu de la tête coupée de Méduse et sa naissance est donc monstrueuse. Entre cette particularité, son rôle d’écosystème marin qui entretient une profusion d’espèces interdépendantes, sa complexité d’ensemble de micro-organisme, le fait qu’il appartienne aux trois genres, minéral, animal et végétal, tous les éléments étaient réunis pour en faire un élément iconographique fort d’invulnérabilité, de vie, de régénérescence. Il a donc une fonction propitiatoire très marquée et c’est pourquoi l’enfant jésus a souvent une branche de corail autour du cou dans les tableaux contemporains des cabinets de curiosités apparus à la Renaissance. Nous sommes ici à la fin du XVeme siècle, et déjà cette mode des cabinets de curiosité est très marquée, le corail entrant dans la catégorie des naturalia.

 

On peut observer la présence du corail revêtant les mêmes fonctions de protection de l’enfant sacré dans les deux tableaux de Piero della Francesca : La Madonna di Senigallia (1470-1485) et La Sacra Conversazione  (1472).

Piero della francesca la Madonna di Senigallia

La Madonna di SenigalliaPiero della Francesca   la sacra conversazione

Sources :

Wikipedia

Quelque-chose de riche et de rare: le corail dans l’art contemporain by Marion Endt-Jones, http://www.academia.edu/

Jean-David Jumeau-Lafond, vendredi 3 avril 2009 commentant « Les Coraux de Darwin », Auteur : Horst Bredekamp cf : http://www.latribunedelart.com

©Jo harmelin, COM-Dimar, biologiste marin

http://www.mysterra.org/webmag/corail.html